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Mise en oeuvre

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Cyclo Passion, Juillet 1997
Les nouveaux conquérants
Plus de 2 000 cyclistes se sont élancés de Rouen sur les routes de la première
étape du Tour, à la conquête de la Normandie. Au départ se côtoyaient les champions
régionaux Élite et pros, les cyclosportifs, les cyclotouristes et les pédaleurs plus
occasionnels. Le vent, les vallonnements du parcours et le rythme infernal se sont
chargés de rétablir les hiérarchies.
Ce début d'été
ne sannonce pas des plus ensoleillés. Qu'importe, la Viking 76, sous la houlette du
conseil général de Seine-Maritime, présente l'originalité de rassembler quatre
fédérations, au coude-à-coude dans un même relais, pour sa mise en uvre ! Elle
connaît un succès sans précédent en Normandie, puisque 1400 concurrents se pressent
dans le parc de départ de la cyclosportive. II se préparent à en découdre sur le
tracé de 196 km de l'étape des coureurs du Tour de France 97. Une demi-heure après, 738
cyclotouristes leur succéderont avec l'unique objectif de rallier Rouen à
Forges-les-Eaux, sans empressement, par un itinéraire plus direct ne comportant que 100
km.
Bruno Thiboult, avec les cyclosportifs, et Philippe Bouvatier, avec les
randonneurs, se comporteront en véritables ambassadeurs de leur sport, ignorant toute
préoccupation dun classement sans signification pour eux. C'est tellement mieux
ainsi ! Beaucoup devraient méditer leur exemple.
Rouen, huit heures, le pont Corneille déverse par dessus la Seine un
flot impressionnant de cyclistes qui envahit l'avenue de la République sur toute sa
longueur. Devant lhôtel de ville pavoisé aux couleurs du Tour, où trône un
immense portrait de Jacques Anquetil, beaucoup de concurrents sont victimes de crevaisons
en franchissant des passages pour piétons délimités par des pavés aux arêtes trop
vives. Cyril Loynel devra réparer deux fois d'entrée. Pour lui, la Viking se résumera
en une interminable course poursuite où il sautera de groupe en groupe.
La course s'emballe
La longue montée pour sortir de
la banlieue rouennaise étale déjà l'effectif sur plusieurs kilomètres. Par la suite,
pas de problème pour suivre le bon tracé: il suffit de s'engouffrer sur les routes où
le. conseil général a disposé des centaines et des centaines de banderoles souhaitant
la bienvenue au Tour.
Sur le plateau, vers Isneauville et Quinquampoix, un vent de sud-ouest
qui tourmente les feuillages et les herbes folles sempare des pelotons et emballe la
course à tous les niveaux. Vent de folie porteur d'illusions entretenues, vent de
déroute bientôt et dillusions perdues pour les organismes usés par le rythme
infernal, qui ne se démentira pas sur plus de 130 km. Ceux qui conduisent l'imposant
peloton de tête voient à peine leur allure ralentie par les montées roulantes de la
forêt d'Ewy, de Torcy-le-Grand, d'Anneville-sur-Scie.
Le même scénario se répète indéfiniment. Un virage un peu plus
prononcé, une relance un peu plus appuyée, une dénivelée un peu plus marquée et
chaque peloton perd son lot de concurrents portés à la limite de nupture. Les uns après
les autres, les groupes passent en trombe au pied du majestueux site du château
d'Arques-la-Bataille. La montée dans la forêt de sapins qui suit achève d'établir la
hiérarchie de manière définitive. Le ravitaillement à la musette à
Saint-Nicolas-d'Aliermont est apprécié de tous. Mais saisir une musette judicieusement
garnie et laisser tomber un passe de contrôle en même temps n'est pas une opération des
plus simples pour certains. À l'avant, la messe est dite. Les coureurs Elite régionaux
se retrouvent entre eux et sous l'il de Jacky Tiphaine, président de
lorganisation 97, on assistera à une revanche des championnats de Normandie entre
le club du VC Rouen et de celui de Sainte-Austreberthe-Barentin, représentés en nombre
dans le groupe de quatorze qui se disloquera quand il faudra affronter le vent contraire
dans le final. Pour la "petite histoire", Hervé Henriet disposera de Raynald
Bos et de Ferat dans la montée de l'avenue de la Gare à Forges-les-Eaux. II faudra
attendre de longues minutes pour voir arriver un autre groupe de coursiers de moindre
renom. Les authentiques premiers cyclosportifs figurent dans un premier peloton pointé à
une vingtaine de minutes. On y dénombre les trois champions de Normandie Ufolep: le jeune
Caennais Foucher, le senior P. Douyere (EC Couronne) et le rusé vétéran du VC Rouen
Daniel Bachelay, qui l'emportera dans sa catégorie d'âge.
Dans ce final où lon revient de la côte normande, il faut
affronter le vent de face. De gros pelotons se sont reformés. A 13 h 25, plus de 200
cyclos sprintent pour une place d'honneur.
Sur la ligne d'arrivée règne une ambiance particulière où les
cyclotouristes, en ordre beaucoup plus dispersé, terminent leur périple en même temps
que les concurrents du grand parcours. Pour eux, pas de préoccupation de classement mais
une réelle satisfaction d'être parvenus au terme de leurs défis personnels. Véronique
Litournaire est demeurée en compagnie de Raymond Lecoq, 75 ans, un des doyens de la
Viking 76. Tous deux arborent fièrement le maillot de lAC Sotteville qui fut le
club de Jacques Anquetil. Des averses violentes se succèdent alors. La première
féminine, Michèle Stiefel, peste quelque peu contre " les gars " qui
refusaient de la relayer, comme sils redoutaient de ne pas tenir la distance. La
vététiste darnétalaise Marie-Josée Brumachon était venue acquérir le fond
indispensable pour sa pratique habituelle. Elle accédera, comblée, au podium. Chez les
plus de 60 ans, Jean Gager (ECC Déville) se montre en passe de réaliser le Grand Chelem
sur les cyclosportives normandes puisque, après la Pégase et la Raymond-Martin, il
ajoute, à 62 ans, la Viking à son palmarès (137' au scratch à plus de 36 km/h de
moyenne), dans une catégorie d'âge qu'il domine. " C'est la victoire qui me
comble le plus car j'ai reçu en récompense le Trophée Jacques-Anquetil. " II
est venu véritablement au vélo l'heure de la retraite sonnée, après deux brefs essais
dans sa vie active.
B. Devenasse
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